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vendredi 7 mai 2010

Mais dans quel monde vivons-nous ?

Au téléphone :

Humain : C’est que ça lui fait un an, maintenant. C’est son premier anniversaire.
Moi : C’est fou comme le temps passe vite.
Humain : Ouais.
Moi : Au fait, qu’est-ce que je peux lui offrir, comme cadeau, pour ses un an ?
Humain : On avait pensé à du parfum. Du parfum pour bébé.
Moi : Du quoi ?
Humain : Du parfum pour bébé.
Moi : Du quoi ?
Humain : Du parfum pour bébé.
Moi : Du parfum pour bébé ?
Humain : Oui.
Moi : Du parfum pour les bébés ?
Humain : Oui.
Moi : Ça existe ?
Humain : Ben oui.
Moi :
Sérieux ?
Humain : Ben oui.
Moi : Et vous voulez que je lui achète ça ?
Humain : Ben oui, pourquoi pas ?
Moi : Mais on trouve ça où ?
Humain : En pharmacie.
Moi : Bon ben d’accord.


À la pharmacie :

Moi : Bonjour Madame.
Pharmacienne : Bonjour Monsieur. Qu’est-ce qu’il vous fallait ?
Moi : Alors écoutez, c’est un peu particulier, un peu gênant. J’ai besoin de quelque chose… ce n’est pas pour moi, hein, c’est une course que je fais pour quelqu’un, vous voyez…
Pharmacienne : Moui ?
Moi : C’est un peu délicat, comment dire, je ne sais pas si ça existe vraiment, et je ne sais pas si vous avez ça, dans une pharmacie.
Pharmacienne : Moui ?
Moi : Je ne sais pas exactement si ça s’appelle comme ça, en fait, mais enfin bref voilà, je cherche… il me faudrait… enfin est-ce que vous avez du parfum pour bébé.
Pharmacienne (rassurée) : Ah mais oui, bien sûr ! Pas de problème, c’est très courant. Voici. C’est 16 euros.
Moi :



lundi 22 mars 2010

Lecture : « Le Retour du Général » de Benoît Duteurtre

C’est difficile, finalement, de dire du mal d’un livre. Parce que si je disais que j’ai adoré Le Retour du Général de Benoît Duteurtre, je pourrais m’en tenir à cette affirmation : « j’aime bien » et personne ne pourrait rien me dire. Ça serait mon droit d’aimer ce roman. Et puis, si l’envie me prenait de dire pourquoi je l’avais aimé, les raisons pour lesquelles je l’aurais aimé me seraient évidentes et je pourrais les exposer simplement.

Mais il se trouve que j’ai détesté Le Retour du Général de Benoît Duteurtre. Or quand on dit qu’on a détesté un roman, il s’agit quand même d’argumenter un petit peu. Il s’agit même de formuler des arguments, clairs, objectifs, dépourvus d’agressivité et d’attaques ad hominem, des arguments, en somme, que l’on pourrait à la limite exposer à l’auteur du roman lui-même si on l’avait sous la main.

Pourquoi donc ai-je détesté ce roman ?

Benoît Duteurtre est connu des gens qui lisent des romans contemporains pour sa production régulière de romans que l’on qualifie de balzaciens pour leur style classique, leur narration simple, leurs personnages bien dessinés et la volonté de l’auteur de se livrer à une peinture critique de la société dans laquelle il vit. Ces romans, à mon sens, sont tous très mauvais. Voyons pourquoi.

Ses romans ne sont pas mauvais parce qu’il se veulent un retour au roman classique balzacien. C’est un projet littéraire aussi noble qu’un autre

Ses romans ne sont pas mauvais parce que Benoît Duteurtre écrit comme un pied. Nombre d’auteurs qui écrivent comme des pieds produisent néanmoins des textes ayant une valeur littéraire certaine. Seul le nom de Phillip K. Dick me vient à l’esprit pour illustrer ce cas, mais il y en a d’autres.

Ses romans ne sont pas mauvais parce que Benoît Duteurtre est un vieux con pour qui la critique sociale se borne à dire à tout propos « c’était mieux avant ». Ça peut être une posture amusante. Qui a lu Léon Bloy sait que l’ont peut produire des romans aussi drôles que fascinant sur ce seul thème. De plus, certaines choses étaient, effectivement, mieux avant, donc la critique peut même parfois tomber juste.

Ses romans ne sont pas mauvais parce qu’ils ne sont qu’une critique de petits détails vulgaires de la vie quotidienne à notre époque, de l’interdiction de fumer dans les lieux publics aux situations grotesques auxquelles sont confrontés ceux qui téléphonent aux services clientèle de leur opérateur de téléphone portable. L’inanité ce ces pauvres critiques condamne bien sûr ses romans à être ringards dans 5 ans et incompréhensibles dans 10, mais bon, ça pourrait être une lecture amusante.

Ses romans ne sont pas mauvais parce que l’histoire est nulle. Pour information, celle du Retour du Général est ainsi résumée sur la quatrième de couverture : « Le général de Gaulle est de retour. Après un appel à la résistance, prononcé lors d'un piratage télévisuel, il se lance dans une ultime bataille pour la « grandeur de la France ». Toujours vaillant sous son képi à deux étoiles, ce revenant passionne l'opinion publique. A-t-il vécu jusqu'à cent vingt ans ? S'est-il fait hiberner comme le héros de Louis de Funès ? S'agit-il d'un imposteur ? Dans cette fantaisie romanesque, Benoît Duteurtre revisite la mythologie française et sa dernière figure légendaire confrontés [sic] aux urgences de la mondialisation. Réflexions et observations sur l'époque alternent avec le portrait de ce Général un peu foutraque qui reprend le pouvoir, parle comme un révolutionnaire et ranime jusqu'à l'absurde les idéaux de la vieille Europe. » Bien sûr, c’est nul, mais on peut faire un bon roman avec n’importe quelle histoire : Au cœur des ténèbres, finalement, c’est un type qui remonte une rivière en bateau.

Ses romans ne sont pas mauvais pour toutes ces raisons (qui commencent quand même un petit peu à s’accumuler, là). Je réfléchis depuis un petit moment pour essayer de savoir pour quelle raison spécifique ces romans sont mauvais et je crois que je viens de trouver. Je prends un exemple : dans Le Retour du Général, le narrateur souhaite à un moment téléphoner aux renseignements. On nous explique donc que, au temps où les renseignements téléphoniques, c’était le 12, tout était plus simple. Maintenant, avec ces numéros de renseignements innombrables, impossibles à retenir, coûtant des sommes mystérieuses mais importantes lorsqu’on les appelle et nous infligeant des publicités d’une effarante vulgarité, la situation est grotesque. C’était mieux avant, là. C’est indéniable. Est-ce le rôle d’un roman de nous alerter sur ce point ? Certainement pas. Car enfin, si l’on s’élève à un niveau important de généralisation, le roman, comme toute forme d’art, est le lieu du déploiement de la vérité, comme disait Hegel. C’est-à-dire que la fréquentation des œuvres d’art peut, éventuellement, nous éveiller à la vérité. Et donc, pour redescendre au niveau de vulgarité des romans de Duteurtre, cet éveil à la vérité peut, éventuellement, nous permettre de nous apercevoir que, dans la vie, cette histoire de renseignements téléphoniques a abouti à une situation grotesque. C’est l’art qui nous permet d’appréhender intelligemment le réel ; ce n’est pas une accumulation hétéroclite de faits réels significatifs qui produit une œuvre d’art.

Donc les romans de Benoît Duteurte sont mauvais. Quod erat demonstrandum.


jeudi 18 mars 2010

Je voudrais tellement que mon ordinateur marche


Avez-vous remarqué cela ? Les informaticiens sont fous.

Oui, oui, je me rends bien compte que cette affirmation a l’air absurde. Déjà, qu’est-ce qu’un informaticien ? Ça ne veut rien dire « informaticien ». Sous le terme d’informaticien, on regroupe pêle-mêle mille métiers qui sont tous plus mystérieux les uns que les autres pour qui ne voudrait qu’une chose simple : que son ordinateur marche. Ce sont des métiers aux intitulés incompréhensibles mal traduits de l’anglais. Leur point commun principal est que ceux qui les exercent vivent au dépens de ceux qui voudraient que leur ordinateur marche.

Et l’autre point commun dont je veux parler ici est le suivant : les informaticiens sont fous.

Mais pas d’une folie de bon aloi, évidente au premier regard. Pas de cette folie honnête et franche des mères de famille ou des boulangères (vous avez remarqué, vous aussi, que toutes les boulangères sont folles ?) dont chaque mot qu’elles prononcent révèle que leur cerveau n’a du monde extérieur qu’une perception hallucinée puissamment déformée par un intellect délirant.

Non, la folie des informaticiens est sournoise. Elle se dissimule. L’informaticien s’approche en souriant, avec cet air de supériorité bienveillante qu’affichent ceux qui ont toute la société derrière eux pour les soutenir. Que votre besoin soit frustre ou infiniment complexe, il vous promet des choses incroyables, des choses justes et belles et qui existent — vous les avez vues chez des gens ou à la télévision — mais qui vous sont pour l’instant interdites à cause de votre incompétence en informatique. Il vous détaille complaisamment ces merveilles en employant des termes techniques anglais qui ont la magie mystérieuse du latin des prêtres et des médecins de jadis. Vous l’écoutez et vous vous dites : « Pourquoi n’aurais-je pas tout cela, moi aussi ? Pourquoi n’aurais-je pas un calendrier avec les photos de mes petits enfants ? Pourquoi n’aurais-je pas un site internet ? Pourquoi ne pourrais-je pas jouer à Left for dead 2 en réseau ? Pourquoi n’aurais-je pas un cadre-écran avec des photos qui défilent ? Pourquoi ne pourrais-je pas changer la carte graphique de mon ordinateur ? Pourquoi, enfin ? Pourquoi ? » Et il abonde sournoisement dans votre sens : « Mais oui, pardieu ! Oui ! Pourquoi n’aurais-tu pas toutes ces merveilles, toi aussi ? N’est-ce pas ton droit ? Est-ce que tu vaudrais moins que les autres ? Certes, non ! Mets ton destin et celui de ton ordinateur entre mes mains et tout cela sera à toi ! Tout ! Tu n’as qu’un mot à dire... » Et vous dites alors que oui, vous acceptez son aide, oui, vous avez confiance en son savoir. Et vous confiez à cet informaticien votre projet chéri, personnel ou professionnel, grand ou petit, humble ou grandiose, vous le lui confiez. Il le prend dans ses mains moites et il l’emporte dans son antre. Et là, un début d’angoisse commence à s’emparer de vous.

En effet, le visage de l’informaticien commence à changer. Il est moins souriant, moins empressé. Vous voyez sur ses vêtements des tâches et des accrocs que vous n’aviez pas remarqués jusque-là. Il fuit votre compagnie, évite vos coups de téléphone. Votre beau projet n’avance pas vite. L’informaticien commence à employer des termes français non traduits de l’anglais tels que « contraintes techniques ». Il bredouille au téléphone. Votre beau projet n’avance plus. Vous vous inquiétez. Et c’est alors que la folie de l’informaticien éclate au grand jour. Son vrai visage se révèle, celui d’un être grotesque, malingre, fatigué, qui n’a pas de vie sociale, qui ignore l’art, qui n’a pas d’amis. Le pacte qu’il a passé avec les forces obscures pour obtenir la maîtrise des machines informatiques avait un prix terrible : il ne connaîtra jamais l’amour d’une femme. Et ses connaissances sont vaines : les merveilles qu'il vous a promises se révèlent être de bancals et inutiles bricolages informatiques. Il ne fait en réalité rien d'autre que passer ses nuits à célébrer d'étranges rituels technologiques courbé sur son clavier, ses yeux de hibou éblouis par la lueur de l’écran alors que d’une fête qui se tient dans un appartement voisin proviennent de la musique et les rires des gens qui voudraient que leur ordinateur marche mais qui ne savent pas le faire marcher, et qui sont heureux quand même.

Meurs, informaticien, meurs ! Ridicule et seul, abandonné par ceux que tu as trahis, meurs : personne ne te pleurera.

mardi 2 mars 2010

L'esprit de la ruche

Oui. C’est vrai. C’est bien là la triste vérité. Les soirées costumées c’est de la merde. Pas le genre de soirée dont on fait son miel. Je ne le sais que trop tant il est vrai que, grimé en abeille géante, je me suis un jour rendu à une telle réjouissance. Après cet aveu humiliant on me pardonnera, je l’espère, l’absence d’un témoignage photographique. Il existe. Mais il est trop tôt pour l’exhiber ici. C’est au-dessus de mes forces. Dix ans après les faits, l’humiliation m’impose encore sa loi d’airain. Que dire pour ma défense ? Que dire pour expliquer comment j’en suis venu à grossir les rangs patauds et tourmentés de ceux qui se sont un jour rendus – pieds et poings liés – à une soirée costumée ? J’étais jeune ? J’avais faim ? Ce n’est pas moi sur les photos ? C’en est un autre que le ridicule à sûrement tué depuis lors ? C’est une bien grosse abeille que nous avons-là, parmi ces gens excentriques ?

Non, décidemment cette photo que je regarde fiévreusement serait superfétatoire. Que jetterait-elle, malpropre, à la face du monde ? Un vieux bonnet de bain flasque et luisant surmonté de deux fils de fer rachitiques aux extrémités desquels, branlants et vermoulus, deux bouchons de champagne peints en noir achèvent de simuler deux antennes. Au-dessous, au-dessous de tout, un visage en quête d’anonymat et barré pour ce faire d’une imposante paire de lunettes fumées. Une barbe de trois jours née des amours monstrueuses de l’angoisse propre à l’idée d’apparaître vêtu de la sorte et de l’effroi lucide que tout cela n’en restera pas au stade de l’idée, vient compléter l’abominable spectacle de l’homme subitement défait de sa dignité la plus élémentaire. Car déjà c’est l’insecte qui triomphe ! Ensaché dans une ignominieuse boule duveteuse, molle et épaisse, aux entournures gênées de laquelle d’innombrables rayures jaunes et noires l’enserrent impitoyablement, le corps humain – le mien ! – n’est plus qu’un souvenir have et brumeux. Et il faut avancer, malhabile et bouffon, parmi la foule des angelots et des diablotins qui me séparent du bar. Car le bar est la seule issue dans ce genre de féérie dansante emperruquée. On le sait bien. Mais on ne peut faire que ce que le costume nous permet... Il régit toutes lois désormais. Et celle de la pesanteur en premier lieu. De grotesques collants également bigarrés viennent alors en renforts pour exhiber la cuisse fébrile, pour trahir le mollet chafouin qui regimbent. Enfin, une vieille paire de baskets américaines repeinte aux couleurs de l’infâme extermine à la base toute velléité d’humanité. Et cette métamorphose folle, cette aberration, qu’aucune nature même à ses heures les plus cruelles n’a pu imaginer d’elle-même, se fige sous mes yeux dans le miroir mal intentionné dont les soirées costumées les plus perverses ne font que rarement l’économie. Me voici fauché par cette vision comme à la parade, la monstrueuse parade, l’ignominieuse farandole dont il me semble être la victime expiatoire. Je suis cette chose impie, créée de toutes pièces par ma déplorable complicité avec ce qu’une société compte de plus dégénéré en termes de rituel ! C’est à peine si quelques cheveux dépassent de sous mon crane plastifié pour trahir encore un peu de cette humanité qui fait tant défaut à mon corps boursouflé. Flattant un certain sens du tragique, je pourrais alors penser à La Mouche de David Cronenberg, mais il n’y a hélas ici que la mèche de David Kronenbourg ! Oui, en vérité je me le dis, il n’y a plus que Maya ici ! Et c’est de fait à un sacrifice que je m’abandonne, là, accoudé au bar, butinant d’une trompe fiévreuse un cocktail hélas sans alcool ! Cette pauvre chose c’est moi ! Au beau milieu d’une ruche que tous, ce soir-là et avec des fortunes diverses, nous cherchons à nous piquer. Parce qu’on ne se reconnait pas soi-même sous nos hardes d’histrions de fortune, de Colombines et d’Arlequins abâtardis. Parce le monde entier nous reconnaît lui du premier coup d’œil, augure déprimante. Je porte laid et je le vaux bien… L’air est épais autour, à couper au couteau… Il fait une chaleur à crever dans cette grosse abeille dodelinante qu’il me faut bien encore habiter quelques heures… Et les cocktails se succèdent, apportent leurs pierres poisseuses à l’édifice gluant de la sudation. Je suis ma propre tourbière ! Un marécage où viennent s’enfoncer lentement les regards ! Car le monde entier me scrute l’abdomen avec de petits yeux cruels ! Si ! L’abdomen informe de la créature dont je ne suis plus à présent que le jouet pantelant est un objet d’intense contemplation pour les chérubins et les succubes qui m’entourent. Y figure une lettre majuscule, un « I » pour être plus précis. Car mon costume, figurez-vous, me tient lieu ce soir-là d’introduction et de conduite au cœur du babillage mondain. Pourquoi un « I », me demande-t-on, inquiet ? Pourquoi diable un « I » sur une abeille ? Le thème de cette soirée n’était-il pas « Enfer et paradis » ? Que fais-tu là, hyménoptère ? Une soirée ! Toute une longue soirée – petite agonie alvéolée de honte – à répéter à qui veut bien l’entendre : « Je suis l’abeille « I » ! Je suis l’abeille « I » ! » Couronnement ! Un jeu de mot d’une laborieuse stupidité vient ajouter à mon embarras d’ouvrière du spectacle qui toujours doit continuer !

Pour en finir, je ne peux dire qu’une chose : de toutes les options qui permettent à l’homme de goût fourvoyé de négocier plus ou moins efficacement le marigot glaireux que ne manque jamais d’être une soirée costumée, la pire reste de devenir la reine de la soirée ! Promotion d’abeille, rien de plus ! Bien ingrat postulat et juste retour de flammes pour qui se damnerait pour le premier jeu de mot venu…

jeudi 25 février 2010

Les bals costumés, c'est de la merde

Oui, c’est de la merde, les bals costumés. Il faut quand même bien que quelqu’un se décide enfin à le dire, bordel.

Si. Si c’est de la merde. N’insiste pas, ordure : tu le sais très bien que c’est de la merde. Oublie ce que tu as vu dans les films : les mecs avec des costumes classe qui dansent avec des gonzesses portant de somptueuses tenues sexy dans des châteaux… oublie tout ça : les bals costumés dans la vraie vie, c’est des hommes apeurés déguisés à leur corps défendant en Pierrot qui tentent d’éviter de danser avec des boudins portant des robes en doublure criardes dans une salle des fêtes éclairée au néon. Voilà. Voilà ce que c’est un bal costumé, enculé.

Mais je m’énerve. Les bals costumés, c’est de la merde, voilà un fait avéré. Mais ce n’est pas le tout de le constater : l’honnête homme se doit encore de lutter. Mais comment lutter efficacement contre les bals costumés, me demanderiez-vous ? Tout d’abord, ça va de soi : il ne faut pas organiser de bal costumé soi-même. C’est évident. Ensuite, si vous êtes invités à un bal costumé, il ne faut pas y aller. Si un bal costumé a lieu chez vous, il faut en partir. Si, malheureusement, ça arrive, vous êtes invités à un bal costumé et que, pour diverses raisons sociales, affectives ou autres, vous ne pouvez pas refuser, alors, vous êtes perdus. Gardez courage, cependant, car diverses stratégies d’évitement s’offrent à vous.

La première, évidente, consiste à ne pas se costumer. Vous pourrez toujours prétendre que vous ne saviez pas, qu’on vous a prévenu trop tard, qu’on vous a volé votre costume de Pierrot ou qu’un clochard a vomi dessus, n’importe quoi, vous trouverez bien. Gardez à l’esprit qu’il vaut toujours mieux être non-costumé dans un bal costumé que costumé dans un bal non-costumé.

Autre stratégie : en vertu de la règle que je viens d’énoncer, un ami à moi, invité à un bal costumé où il ne pouvait refuser d’aller et dont, de surcroit, il soupçonnait qu’il puisse être, en réalité, un bal peu ou non-costumé, avait adopté l’habile stratégie suivante : il s’est habillé comme d’habitude, en civil si l’on veut, avec une chemise en dessous de laquelle il portait un t-shirt bleu électrique frappé du blason de Superman. Une fois sur les lieux, il pouvait suivant la situation soit rester tel qu’il était, soit déchirer sa chemise pour révéler le t-shirt et se retrouver ainsi déguisé en Clark Kent en train de se transformer en Superman. Habile. Mais cela vous oblige à sacrifier une chemise.

À l’inverse de ce parti pris de discrétion, certaines personnes, face à la question du bal costumé, acceptent l’absurdité de la situation et la prennent à bras le corps en optant pour le déguisement le plus grotesque possible. J’ai vu de mes yeux un homme déguisé en huitre. Le week-end dernier, un ami à moi m’a confessé s’être exhibé en public déguisé en batavia (voir photo). Notre collègue bloggueur Hrundi V. Bakshi nous affirme s’être rendu à une soirée grimé en abeille. C’est une affaire de tempérament : je comprends le raisonnement qui pousse ces gens à de telles extrémités, mais cela me semble au final un mauvais choix, le but d’un déguisement de bal costumé étant, à mon sens, d’être discret tout en conservant le plus de dignité possible au vu des circonstances.

Il reste donc comme solution, en dernier recours, de se rendre au bal costumé dans une tenue qui serait normale en un autre lieu : blouse d’infirmier, uniforme militaire, que sais-je… J’ai moi-même fini récemment par opter pour un kilt écossais (voir photo). Grotesque, j’en conviens, mais que voulez-vous : on ne va pas à un bal costumé pour s’amuser, non plus.


mardi 23 février 2010

Chroniques du noble art

Le temps passe, on prend de l’âge, le ventre, jadis plat, se transforme en boule immonde… crise de la trentaine, de la trente-cinquaine, de la quarantaine etc. face à cette situation, nombreux sont les hommes — l’avez-vous remarqué ? — qui tentent de se remettre au sport. Se remettre au sport est difficile. Quand on décide de se remettre au sport, on doit d’abord oublier les humiliations des cours de gym au lycée. On subit les quolibets de ses amis et de ses parents. Toute honte bue, on pénètre pour la première fois de sa vie chez Go Sport ou chez Décathlon en n’en revenant pas se retrouver dans ce genre de magasin. Horreur : on achète des baskets ! On fait quelques tentatives maladroites, on sort timidement de son immeuble en short, le rouge aux joues, et puis on se dit que non, il n’est décidément pas de notre condition d’aller grossir les hordes de ceux qui font du jogging dans la rue. C’est alors que, si on fait partie des gens qui ont vu trop de films d’action pourris la solution apparaît : on décide de se mettre à un sport de combat.

Le problème est alors de choisir son sport de combat. Le nom de Bruce Lee vous vient tout de suite à l’esprit, mais vous vous rendez vite compte de que les sports de combat asiatiques, ça ne fait pas très sérieux. La boxe française, ça, c’est classe, mais son vrai nom (la savate) et la tenue traditionelle (sorte de combinaison moulante à jambes longues et sans manches) sont vraiment trop grotesques. Vous envisagez un temps des choses inquiétantes et exotiques telles que le Kapap-Lotar ou le Systema, mais vous vous dites qu’il ne s’agirait pas non plus d’aller prendre un mauvais coup avec des abrutis. S’impose alors comme de lui-même le sport que l’on a, avec sagesse, surnomé le Noble Art : la boxe.

La boxe : alors là, mes petits amis je vous le dit, ça rigole un peu moins. Vos amis cessent de rire pour vous regarder avec consternation, votre mère est épouvantée, vos collègues de travail vous considèrent avec l’inquiétude vaguement respectueuse que l’on réserve aux timbrés potentiellement dangereux. De retour chez Go Sport ou chez Décathlon, c’est avec un regard conquérant, en bombant le torse et en rentrant la boule immonde que l’on pose gants en cuir, bandellettes et protège-dents devant la jeune caissière (qui, bien légitimement, n’en a rien à foutre de vous, mais bon…). Enfin, un beau soir, après le travail, vous vous pointez à la salle de sport pour votre premier entraînement.

(à suivre)