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dimanche 6 mars 2011

L'homme sans vice contre le Dieu de l'amour

« Non. N’insiste pas, Paridil. C’est inutile. Ce genre de truc, ça n’est pas pour les types dans mon genre. Enfin, tu dois bien comprendre que quelqu’un dans ma situation ne peut pas s’adonner à ce genre d’activité, quel que soit le nom que tu lui donnes… »

« Tu ne comprends pas. C’est très important pour moi. Il y a tellement longtemps que je n’ai pas eu de relations qu’il faut que je le fasse. Mais tout seul, ça n’est pas pareil. Allez, Pritish, laisse-toi aller… »

« Bon d’accord. Mais rien qu’une seule fois ! Et en échange de ta promesse de n’en jamais rien dire à Mâdharasi ! »

Paridil Bakshi, dit l’homme sans vice, avait fini ce jour-là par convaincre Pritish, le Dieu de l’amour, l’époux magnifique de la Reine des femmes, de l’accompagner à un type très particulier de réunion créé à la fin des années 90 par le rabbin Yaacov Deyo. Ce dernier ne soupçonnait pas l’utilisation sournoise que Paridil comptait faire de son invention. Pour tout dire l’ingénieux rabbin ignorait tout de l’existence de l’aîné des frères Bakshi et son astucieuse idée n’avait d’autre but que de préserver la communauté juive américaine en s’employant à promouvoir les mariages intra-communautaires. Le concept avait fait long feu et s’était ainsi propagé au cinq coins du monde. Jusqu’à la cité reculée de Ratnapura. Jusqu’à ces êtres tout à la fois frustres et incultes que sont les ratnapuriens. Jusqu’aux neurones enfiévrés du sournois Paridil qui avait alors élaboré sur la base d’un des fleurons de la pensée communautariste un plan d’une tout autre eau. Cette eau était trouble, boueuse, non-potable et visait à contaminer un rival dans le but implicite de lui subtiliser, à terme, sa compagne. En effet, sous-couvert de désirer rompre sa solitude – ce qui, in-fine, était bel et bien son objectif – c’était un Paridil tout de fourberie bonhomme qui avait décidé d’entraîner l’innocent Pritish au cœur d’un maelstrom de turpitudes en lui demandant de l’accompagner à ce que l’on nomme à Ratnapura les « rencontres rapides ». Bien que la riante sous-préfecture mette un point d’honneur à refuser les anglicismes faciles, les deux compères n’en allaient pas moins sacrifier à la dure loi du « Speed dating ». Parmi le troupeau de femmes, d’âges et de conditions proches des leurs, que les organisateurs de ce touffu rituel social n’allaient pas manquer de leur jeter en pâture, Paridil ne désespérait pas de voir Pritish rencontrer sa vraie moitié, son authentique compagne, sa future épouse bio. Et une fois célébrées par la foudre les noces sensuelles et barbares de ces deux là, la voie royale jusqu’à Mâdharasi – dont Pritish divorcerait sans délais, c’était écrit – serait enfin dégagée.

« Je suis content que tu sois venu ce soir, Pritish. », confiait au jouet de son plan machiavélique un Paridil de plus en plus nerveux et de moins en moins certain du bien fondé de sa démarche.

« Calme-toi. Ce n’est pas un concours de beauté ! »

« La vie en est un, crois-moi. Et quand les gamines embrassent des grenouilles, ce n’est jamais nous qu’elles espèrent voir apparaître ! »

Pritish sembla piqué au vif par cette dernière remarque.

« Allons ! On n’est pas si moches que ça ? Si ? »

Paridil était blême. Acquis tout entier à la réussite de son noir projet, il avait omis un facteur capital : c’est lui qui accompagnait Pritish et à ce titre il lui fallait bien à présent participer à la monstrueuse parade dont l’essentielle de la chorégraphie allait consister à parler à des femmes inconnues ! Or à cette idée son cœur, comme pris dans un étau, était en train d’imploser dans sa poitrine sous la tenace emprise de l’angoisse !

« Oh, que oui ! Moches comme des poux ! On n’a aucune chance ! Il nous faut nous enfuir ! »

« Ecoute, je suis marié et tu l’as été. Voilà qui ne peut que signifier que toutes nos relations dans la vie ne sont pas uniquement dues ni à la forme ni à la hauteur de nos pommettes, non ? »

« Mesdames et Messieurs, nous allons commencer. Lorsque le gong retentira à nouveau, les hommes viendront s’asseoir à la table qui leur a été attribuée. Ensuite, à chaque nouveau coup de gong, la conversation devra cesser et vous changerez alors de place. »

La joute oratoire débutait. Paridil et Pritish furent séparés par des numéros de table fort éloignés l’un de l’autre et de fait notre machiavel du dimanche eut toute les peines du monde à garder un œil sur le bon déroulement de son plan. Il devait en effet pour ce faire se livrer à diverses contorsions qui en étonnèrent plus d’une au fil de la soirée et ne jouèrent que peu en faveur d’un attrait quelconque que l’aîné des Bakshi aurait été susceptible d’exercer sur l’une ou l’autre des créatures qui se succédèrent à sa table.

« Comment ? Moi ? Je suis contrôleur aux impôts. Et vous ? »

« Moi pas. Qu’est-ce que vous regardez sans cesse ? C’est agaçant à la fin !»

De son côté, Pritish jouait sa partition du mieux qu’il le pouvait. Il la connaissait sur le bout des doigts. C’est par son habile entremise qu’il avait jadis conquis le cœur de la Reine des femmes. Fort d’un tel succès, notre Dieu de l’amour abordait la soirée avec confiance et franchise.

« Je suis gestionnaire de patrimoine à la Fiduciaire Ratnapurienne. Les particuliers disposant d'un patrimoine ont besoin de mes services. Je suis un professionnel. Je sais tenir compte de leurs exigences et de leurs moyens, je les accompagne dans la création et la valorisation de leur patrimoine. J’œuvre pour l’instant au sein d'un établissement bancaire mais un jour j’exercerai en tant qu'indépendant. J’analyse tout d'abord la situation patrimoniale de mes clients. Je les aide ensuite à définir leurs besoins et leurs objectifs, à choisir l'encadrement fiscal et juridique le mieux adapté à leurs biens et à réaliser les placements les plus intéressants pour eux. De plus en plus fréquemment, j’ai aussi pour mission de rechercher de nouveaux clients patrimoniaux et, au sein des banques du puissant réseau ratnapurien, je suis régulièrement amené à informer les chargés de clientèle en matière d'investissements financiers. Pour mener à bien l'ensemble de mes missions, je possède un bagage technique important dans les domaines de la finance, du droit, de l'économie et de la fiscalité. Je suis également doté de grandes qualités humaines qui me permettent de nouer des relations de confiance avec les clients que je rencontre régulièrement. J’entretiens également des liens étroits avec les opérateurs et les analystes financiers à même de m'informer sur les dernières évolutions des marchés et de la fiscalité. Autonome, tout en sachant travailler en équipe, je sais prendre des décisions rapidement et faire preuve de ténacité. Qu’ajouter ? Je parle couramment l'anglais, je suis maître de l'outil informatique, je possède le sens du commerce et j’aime relever les défis. Voilà. »

« Tous les banquiers font ça, non ? »

« Heu… Oui. Mais ils ne dansent pas tous aussi bien que moi ! »

S’il ne désirait pas réellement s’offrir une aventure hors des liens sacrés qui l’unissaient depuis plus de vingt ans à la déesse ratnapurienne qu’était Mâdharasi, il se disait que séduire un brin ne pouvait que lui faire le plus grand bien. Par ailleurs, l’intime conviction de faire une bonne action en accompagnant un ami dans le besoin achevait de décomplexer tout à fait notre homme.

Du côté de Paridil, c’était une toute autre histoire.

« Eh bien à vrai dire, je suis contrôleur principal des impôts… »

« Mes grands-parents ont eu un redressement fiscal, il y a deux ans : ils ne s’en sont jamais remis. Vous avez perdu quelque chose dans le fond de la pièce ? »

À mesure que la soirée avançait, les tête-à-tête se faisaient moins courtois. Du moins semblaient-ils plus directs.

« Je travaille dans une banque. Et vous ? »

« Vous trompez votre femme ? »

« Pardon ? »

« Vous avez oublié d’enlever votre alliance. »

« Oh, je peux tout expliquer… »

« Ça vous dérange qu’elle n’ose pas vous demander alors que moi si ? »

« C'est-à-dire que je peux réellement tout vous expliquer… »

« Moi, je ne crains pas la réponse, vous savez ! »

« Mais je ne trompe pas ma femme. »

« Soit. Mais vous aimeriez ! »

« Je crois que j’ai entendu le gong, pas vous ? »

En dépit de la fatigue et des lois de la statistique, Paridil continuait quant à lui à jongler péniblement avec de bien maigres atouts de départ et, incidemment, à jouer de malchance.

« Oui, c’est ça : contrôleur principal. C'est-à-dire que je travaille à la répression des fraudes et… »

« Moi, je ne connais personne qui ait jamais été contrôlé. »

« Dieu merci. »

« Mais mon père s’est suicidé parce qu’un type des impôts lui a un jour bloqué son compte à la suite d’une erreur informatique. Il avait perdu gros au poker. Il devait un bon paquet à des types qui ne rigolaient pas. Il a paniqué. »

« Je suis désolé. »

« Ça ne le ramènera pas. »

Par quelque bout qu’on le prenne, force était de reconnaître que le climat économique ne jouait guère en faveur de nos deux compères.

« Moi aussi, je dors peu. Mon travail à la Fiduciaire Ratnapurienne est très prenant, vous savez. »

« Vous autres les banquiers, ce n’est pas de sommeil dont vous avez besoin ces temps-ci, c’est d’une conscience tranquille, non ? »

« Je sais qu’en ce moment nous n’avons pas très bonne presse mais croyez-moi chère Madame nous ne sommes pas tous responsables. »

« C’est sûr. Dans la banque vous êtes loin d’être tous des cracks ! »

Parfois le tour que prenaient les débats devenait un peu trop personnel au goût d’un Paridil qui ne désirait rien tant qu’avancer masqué !

« J’ai horreur des ces soirées ! »

« Vous êtes là sous la menace ? Voulez-vous que j’appelle la police ? »

« Mon fils, qui veut toujours tout régler à ma place, m’a inscrite sans me demander mon avis… »

« Je vois. Vous aimez les mots croisés ? », Demanda Paridil pour changer de sujet en désignant le magasine entrouvert devant son interlocutrice.

« Je suis d’origine Albanaise. C’est comme ça que j’ai appris votre langue magnifique. Disons que j’aimerais que mon boulot me permette de faire des mots croisés toute la journée. Mais ce n’est pas le cas : je suis inspectrice de police à Ratnapura. Je m’occupe des cambriolages, des vols à la tire, ce genre de choses. »

« Oh ! Et certains vous échappent ? », Demanda un Paridil soudain sujet à d’intenses bouffées de chaleur.

« Très peu. Les criminels ratnapuriens sont généralement des abrutis qui me donnent peu de fil à retordre. Ils ont beaucoup d’entrain mais laissent également beaucoup d’empreintes. La jugeote n’est pas leur fort. Je ne voudrais pas passer pour une prétentieuse mais il n’y en a qu’un cette année qui nous ait échappé, à vrai dire. J’étais en congés lorsque ça s’est produit mais les collègues m’ont raconté qu’il était vraiment très fort celui-là : audace, rapidité d’action, sans mobile apparent. Un drôle de petit rouquin dans des vêtements voyants qui dévalise les jeunes en pleine rue à ce qu’on m’a dit… »

« … »

D’une manière générale, les divergences entre les deux sexes étaient nombreuses et profondes et auraient réclamé davantage que le temps imparti pour que puissent émerger de leur confrontation quelques salutaires avancées diplomatiques.

« Je n’aime pas l’idée de laisser une femme tout payer à ma place », affirmait ainsi à quelques tables de Paridil, un Pritish des plus formels.

« T’as été élevé par une femme, non ? », lui répondit une interlocutrice tout aussi remontée.

« Oui. »

« Alors où est ton problème ? »

La vibrante singularité du cas que représentait Paridil Bakshi, laissait malgré tout à penser que le temps imparti était parfois amplement suffisant pour comprendre que rien ne viendrait jamais combler certains fossés patents entre représentants des deux sexes.

« Vous êtes contrôleur, c’est ça le principal, non ? Et sinon, sur le plan des loisirs qu’est-ce que vous faites ? »

« J’aime assez… les activités de plein air », murmurait Paridil dans un souffle dont ce dernier mot semblait pourtant le priver.

« Est-ce que vous pourriez être plus précis ? »

« J’aime la chasse, voilà ! »

« Pardon ? »

« Eh bien, il m’arrive de participer à des battues, ce genre de choses »

« Vous aimez tuer ? »

« Oui. »

« Paridil ? »

« Oui ? »

« Est-ce que vous pourriez être plus vague ? »

Paridil clôtura la soirée un peu avant Pritish, ce qui lui laissa augurer du meilleur. Il pu de la sorte et à satiété observer le Dieu de l’amour onduler avec grâce face une bonne demie-douzaine de femmes qui, toutes sans exception, parurent bien faites à l’Homme sans vice et mieux encore bien faites pour le Dieu de l’amour.

« Répondez-moi sincèrement Pritish : me trouvez-vous belle ? »

« La vraie beauté est intérieure. »

« Vous ne répondez pas à ma question. »

« Un joli visage se flétrit vous savez, mais un bon cœur, c’est le soleil et la lune ! »

« … »

Du côté de Pritish, on espéra également jusqu’à la fin…

« Je ne veux pas d’enfant ! »

« Bien », répondit un Pritish patelin.

« Et je pense me faire opérer pour passer d’un bonnet C à un bonnet D ! »

« Super ! », ajoutait déjà un Dieu de l’amour devenu en cours de soirée fort habile à ôter son alliance.

« Au fond, je n’aime vraiment que notre seigneur Jésus Christ… »

« … »

Après le retentissement du gong final, les participants se dirigèrent vers la sortie au son d’un unique leitmotiv : « ces femmes attendent votre appel » leur glissait à l’oreille une hôtesse en même temps que dans la main les coordonnées idoines.

« Personne n’a souhaité vous laisser son numéro, cher Monsieur. Mais nous espérons néanmoins vous revoir », dit-on avec commisération à Pritish.

« Cette femme attend votre appel », entendit alors Paridil tout en sentant clairement le papier qu’on lui introduisait promptement dans la paume.

En termes de réussite, la prestation du Dieu de l’amour lors de cette soirée qui aurait dû être sienne se présentait en fait comme une bien résistible ascension. Le plan de Paridil s’effondrait à l’instar de Pritish dans un unique et même fracas. Paridil était une fois de plus trahi par l’amour. À force d’écrans, d’opacités et de mensonges, les femmes s’étaient semblait-il autour de lui rendues d’autant plus insaisissables qu’on essayait de les saisir. Comment dans de telles conditions, espérer encore connaître ou posséder quelqu’un ? Le simple désir de le découvrir faisait-il en sorte que Paridil ne distinguait plus rien ? Sentiments, désirs, projets, tout lui échappait donc de ces êtres de fuite ? N’était-il donc pas un tendre sourire dont il ne put douter ? Les questions traversaient en rangs compacts l’esprit de l’aîné des frères Bakshi à mesure qu’il regardait s’éloigner Pritish dans la nuit démesurée, minuscule dieu de l’amour déchu. Ce que Paridil ne pouvait pas voir, c’était la larme qui affleurait au bord de la paupière céleste et finit par couler sur la joue divine. Tout ce que voyait Paridil, de là où il se trouvait, c’était le retour serein d’un Dieu véritable vers sa Déesse authentique. Tout ce que sentait Paridil, de là où il se perdait, c’était une jalousie profonde qui s’emparait de tout son être. À jamais son imagination le retrancherait-elle de ce à quoi son amour voulait le réunir ? Alors que le désir de posséder Mâdharasi provoquait en lui la jalousie, cette dernière achevait de rendre impossible la possession de l’être aimé.

L’eau se mit à passer sous les ponts sans que notre homme sans vice en connu vraiment l’exacte teneur. Il conserva en effet peu de souvenirs de ce à quoi il occupa ces jours sombres.

Par dépit ou par sursaut ou parce qu’il faut tout tenter jusqu’à la fin, Paridil se leva un beau matin avec le ferme projet d’aller acheter carte et bouquet afin de rédiger sur la première et d’offrir le second à la gloire de Putholi bis ! Si Mâdharasi ne lui était pas destinée, du moins devait-il se soustraire à son emprise et s’employer à échapper à la solitude stellaire qui lui était corolaire. De retour chez lui, il hésita longtemps avant que de ne se décider pour une formule ou pour une autre. L’urgence affective, le besoin de se plonger corps et biens dans les passions de la vie, la peur panique de cette immense claustration intime qui déjà l’avait saisi aux tripes guidèrent sa main d’abord vacillante. Et Paridil Bakshi inscrivit en toutes lettres les mots « Je t’aime » sur une carte jusqu’ici immaculée qu’il plaça savamment au cœur de l’assortiment floral. Après avoir revêtu ses habits de lumière – un pantalon vert tendre et un pull rouge carmin orné d’un motif ressemblant au mieux à un canard et au pire au graphisme de n’importe quel jeu vidéo des années 80 – Paridil s’empara du loquet de la porte de sa maison sur lequel il appuya vivement afin de tirer en arrière le large panneau de bois massif qui laissa alors apparaître une femme dont la stupéfaction sembla une fraction de seconde renvoyer à l’aîné des frères Bakshi une bien inquiétante image de ses goûts vestimentaires. Il reconnut l’inspectrice de police rencontrée quelques jours auparavant.

« Bonjour, bredouilla-t-elle, vous vous souvenez que nous avions rendez-vous à ce que je vois. »

C’est un Paridil anéanti par un destin farceur et une mémoire non moins facétieuse qui se vit alors dans un moment d’intense détresse composer deux jours plus tôt le numéro de la représentante d’un ordre qui faisait tant défaut à son existence à lui, hirsute et mal rangée. Il l’avait invitée à dîner dans l’un de ces accès d’audace dont font parfois preuve les désespérés. Comme on revoit aux portes du néant défiler sa vie devant ses yeux, notre homme sans vice revoyait en pensée comme en boucle cet instant fatidique où il composa le numéro de téléphone de la jeune femme qui figurait juste au-dessous de son patronyme sur la carte que lui avait remise l’hôtesse à la toute fin de la soirée de « rencontres rapides » à laquelle il s’était récemment rendu avec Pritish…

« J’avais peur que vous ayez oublié. Vous aviez une voix si étrange au bout du fil », renchérit Marudhammal-la-femme-des-terres-fertiles puisque tel était son nom.

« Oublié ? Moi ? Jamais de la vie… », Murmura Paridil dans l’un de ces souffles dont il détenait à présent le secret et qui aurait aisément pu passer pour son dernier tant notre homme semblait comme anéanti par ce nouveau revers de fortune. Il perdait de sa superbe à la même vitesse qu’un parachutiste qui aurait oublié l’essentiel se rapproche du sol. Il lui fallait agir, dire quelque chose. Il n’en fit rien.

« C’est pour moi ? », s’enquit alors la jeune femme sur un ton qui ne désirait rien tant que trahir la convention d’une telle question puisque la réponse semblait à priori tomber sous le sens. Elle arracha alors le bouquet tragiquement garni des mains tétanisées de l’aîné de la fratrie Bakshi.

« Elles sont superbes. Oh ! Et il y a une petite carte juste au milieu ! »

mardi 31 août 2010

Bal perdu

Paridil n’arrêtait pas de regarder le plafond comme s’il s’attendait à ce qu’il lui tombe dessus d’un moment à l’autre. Six mois auparavant, il avait souscrit à des vacances en Corse ainsi qu’à l’assurance de les passer avec Mâdharasi, pour lui reine des femmes et idole inatteignable. En effet, la déesse et son époux – l’indéboulonnable Pritish-le-Dieu-de-l’amour – avaient pour coutume estivale de séjourner sur cette Île de Beauté qui leur allait si bien au teint en compagnie de l’association des joyeux marcheurs ratnapuriens. Or trois jours avant le départ, le couple-vedette avait dû annuler son séjour pour quelques raisons familiales… Ainsi Paridil se retrouvait-il cette nuit-là en proie à bien des angoisses, seul, à bord d’un bateau anonyme en partance pour une Corse désolée et farouche, à regarder le plafond depuis la vétuste couchette d’une obscure cabine, le tout dans une intolérable promiscuité avec la presque totalité du club des débonnaires randonneurs ratnapuriens. Mâdharasi était restée à quai. Paridil, sous peine de trahir publiquement l’amour aussi secret qu’immuable qu’il lui vouait, avait dû se laisser embarquer. L’angoisse, une fois encore, s’était faite étoffe d’un amour qui lui apparaissait en cet instant plus que jamais comme la figure de proue d’une embarcation aussi frêle que maudite. Oui, maudite ! De cette abominable malédiction qui veut que nous n’aimions rien tant que ce qui nous fait souffrir. Peut-on vraiment choisir entre cesser d’aimer et cesser de souffrir ? Quoi qu’il en fût, Paridil n’était pas de ceux qui se résignent à un tel choix. Alors qu’il se voyait embarquer pour Cythère, sur la gondole silencieuse d’un amour noble, digne et tragique, il se retrouvait à voguer péniblement vers l’exil, Sainte Hélène, la Corse sur un radeau de misère ! Et là, seul dans l’obscurité, il sentait bien que nul n’échappe à lui-même, il comprenait que son amour n’aspirait pas – comme tant d’autres – à l’indifférence et à l’oubli, qu’il se développait en lui comme une maladie et que quelque chose d’atroce allait advenir… À mesure que Paridil imaginait Mâdharasi et Pritish sur le continent – épris comme au premier jour et riant à gorges déployées à quelque enterrement de quelque vieille parente – une chose atroce, sans commune mesure, advint : elle avait pour nom jalousie !

Si l’amour est la pathologie de l’imaginaire, la jalousie semble être celle de l’amour. C’est sous cette obsédante influence que Paridil s’intéressa de près à Putholi bis, qui signifie « nouvelle lumière » en tamoul, la langue de l’amour comme chacun sait. Putholi bis faisait partie de l’association des promeneurs ratnapuriens hilares. Elle y avait été introduite par Putholi première du nom qui l’avait également présentée à Paridil. Putholi première du nom et Paridil étaient amis de trente ans. Il l’avait courtisé du temps de leur splendeur commune. Elle l’avait éconduit non sans douceur dans l’un de ces moments de stupéfiante lucidité comme en ont parfois les femmes. Putholi première du nom et Putholi bis travaillaient de concert à l’édification des jeunes générations dans une école primaire et avaient acheté deux maisons mitoyennes dans les environs champêtres de Ratnapura, au nord de la Loire. Elles semblaient inséparables. Ne pouvant trouver le sommeil, Paridil cherchait aventure. Il avait ainsi accompagné sur le pont son ami Jaganmay-celui-qui-se-répand-dans-l’univers afin qu’il y soit plus à son aise pour vomir par-dessus le bastingage, sujet qu’il était à un tenace mal de mer. Là, il avait rencontré Putholi bis.

« Un collègue à toi ? Il travaille aux impôts lui aussi ? » – avait-elle demandé.
« À une époque. Il est conseiller technique à la Fiduciaire ratnapurienne maintenant. »
« Quelle vie. »
« Il y a des compensations quand même. »
« Par exemple ? »
« Euh… Je ne sais pas. Quelle que soit la vie qu’on a, il doit y avoir des compensations, non ? »

Jaganmay vomissait de plus belle. Tripes et boyaux.

« Tu crois ? C’est à ça que nous allons boire alors ? »

Putholi bis sortit une flasque de la poche intérieure de son blouson.

« Non, je peux me tromper. Buvons plutôt à ta santé » – intervint un Paridil soudain de plaisante humeur.
« À la notre ! » – s’empressa de conclure Putholi bis.

Ce court échange et la gorgée de whisky qui l’avait ponctué avaient ragaillardi Paridil qui, l’espace d’un instant mémorable, en avait oublié Mâdharasi. C’était comme si un étau de fonte se desserrait autour de son cœur. Fort de cette incroyable expérience, il avait décidé de pousser plus avant ses investigations, de faire en sorte que Putholi bis occupe un peu de cet esprit entièrement dévolue au culte féroce et sans partage de Mâdharasi depuis maintenant plus d’un lustre.

« Allo ? Hrundi, mon petit ? »
« Paridil, mon grand ! Alors ? La Corse ? »
« Bastia. Très joli. Dis-moi, te souviens-tu de Putholi bis ? »
« Non. »
« Mais si ! Une femme remarquable. La grande amie de Putholi première du nom. »
« Ah oui ! Tes deux copines lesbiennes. Ça y est ! Je les remets. »
« … »
« Allo ? Paridil ? Mon grand ? »
« Comment ça : lesbiennes ? »
« Nous parlons bien des deux instits qui ont achetés une maison ensemble ? »
« Deux maisons mitoyennes ! »
« Deux maisons collées l’une à l’autre… »
« Deux maisons côte à côte ! »
« Deux maisons qui se touchent… »
« Tu crois que… »
« Qu’elles sont de la pelouse ? C’est certain. »
« Je te rappelle ! »

Paridil devait en avoir le cœur net. Putholi bis ? Lesbienne ? Cythère n’avait fait place à la Corse que pour un bref instant tant cette dernière s’effaçait déjà devant Lesbos… Quelle était donc la destination de ce voyage à la fin ? Alors que toute la fine fleur des excursionnistes ratnapuriens prenait temporairement ses quartiers dans le bus, Paridil décida de violer par une occupation profane les interdits de ce séjour : il cuisinerait Putholi bis avec maestria et opiniâtreté jusqu’à ce que dévoilement d’orientation sexuelle s’ensuive ! Pour ce faire, Paridil savait décisif l’attente du moment propice. Or ce moment ne vint pas…

« Allo ? Hrundi, mon petit ? »
« Paridil, mon grand ! Alors ? La Corse ? »
« Calvi, sa forteresse, sa cathédrale, Centuri, son petit port, ses bateaux de pêche typiques, Sisco sous la pluie, l’île rousse au soleil couchant, le phare de Propriano, le cimetière marin de Bonifacio, le pont génois sur le Rizzanese, Tiazzano et la plage d’argent. Très joli. Je ne sais pas comment demander à Putholi bis si… »
« Si elle colle des timbres ? »
« Pourquoi diable te sens-tu toujours obligé d’être aussi… désobligeant ? »
« Excuse-moi. Si elle s’adonne sans aucune retenue aux plaisirs saphiques te siérait-il davantage ? »
« À vrai dire, non. Je voudrais plutôt qu’elle s’intéresse aux hommes. Enfin, à moi. »
« Ne me dis pas que tu as réussi à t’enticher d’une camionneuse ! Encore une femme inaccessible à mettre à ton palmarès ! »
« Comment peux-tu être aussi certain qu’elle est… enfin… »
« Tu as passé du temps avec elle durant ce séjour ? »
« Oui. »
« Vous avez discuté ? »
« Oui. »
« Tu t’es bien entendu arrangé pour la dérider un peu ? »
« Il est vrai que je me suis fendu de quelques galéjades qui ont produit leur petit effet, je ne le nie pas. »
« Elle s’est fendu la pêche ou quoi ? »
« Encore assez, oui. »
« Et comment donc a réagi ta vieille amie Putholi première du nom face à ton petit manège ? »
« Je l’ignore. Figure-toi qu’on ne s’est pas parlé depuis plus de quatre jours. »
« Tu irais jusqu’à dire qu’elle te fait la gueule ? »
« Disons que, maintenant que tu en parles, je n’irais pas jusqu’à en faire mystère… »
« Et irais-tu jusqu’à seulement penser qu’elle puisse être jalouse ? »
« … »
« Paridil ? »
« Oui ? »
« Le séjour se termine ce soir, n’est-ce pas ? »
« Oui. Une soirée dansante est organisée pour marquer le coup. »
« Bien ! C’est là qu’il faut mettre le paquet, crois-moi ! »
« Mettre le paquet ? »
« Le paquet ! »
« C'est-à-dire ? »
« Des traits bronzés sous une casquette un peu voyante, ne jamais oublier de sourire, magnétisme, supplément de personnalité, tout le toutim ! »
« Tout le toutim ? »
« Tu comptes répéter toutes mes phrases ? Écoute, tu ne peux pas continuer éternellement comme ça ! »
« C’est sûr. »
« Tu es un garçon intelligent et… »
« Je préfèrerais avoir de la chance qu’être intelligent. »
« Comme tout le monde ! La chance va finir par tourner, tu vas voir ! »
« C’est moins sûr. Et puis j’ai l’impression de tromper Mâdharasi… »
« Oh ! Dis donc, ne dis pas de gros mots, hein ! »
« Mais je peux tout de même prendre le temps de me remettre, de rester un peu avec mon drame… »
« Tout dans l’objet, rien dans l’esprit ! Tu inventes cette femme et voilà plus de dix ans que tu reste un peu avec ce drame-là ! »
« Je n’ai pas assez d’imagination pour l’avoir inventé à ce point. »
« Quoi qu’il en soit, Paridil mon grand, ce soir c’est cortège de roses et huile d’amande douce ! Ce soir c’est chéquier en croco et carte bleue en fourrure ! Ce soir, tu vas renouer les fils d’un destin qu’on croyait perdu ! »
« … »

Le DJ n’était pas fameux ce soir-là, sur la place de Porto Vecchio, mais au moins ne mixait-il que de nouveaux succès. Paridil en était soulagé : pas de souvenirs possibles. Il regardait les deux femmes, Putholi première du nom et surtout Putholi bis, danser avec deux cavaliers anonymes, leurs deux visages tuméfiés par l’ennui. Parfois il lui semblait déceler entre elles un regard complice et il s’en trouvait tout ému. N’y a-t-il jamais en amour d’autre bonheur que celui que nous supposons aux autres ? Soudain, Putholi bis décida de regagner sa place et laissa là, en plan, son cavalier tout désarçonné. Paridil prit son air le plus dégagé et dit d’un ton patelin et d’une bouche pâteuse :

« Tu aimes n’en faire qu’à ta tête. »
« Je n’y arrive pas souvent » – lui répondit une Putholi bis tout sourire.
« Tout de même, tu sembles avoir une vie… très libre, non ? »
« C'est-à-dire ? »
« Et bien, je ne sais pas… je… »

Une angoisse violente pétrissait un Paridil aux yeux ronds lorsqu’un serveur entra sans frapper dans son champ de vision. Il y vit un signe divin et saisit sa chance au vol.

« Veux-tu boire quelque chose ? » – s’enquerra-t-il encore tout honteux de sa propre audace.
« Volontiers. Un double scotch sans glace, s’il vous plait. »
« Heu… La même chose merci. »
« Ma mère était une femme au foyer. Un seul enfant. Pas d’humour. Détestant les conflits. Une femme tout ce qu’il y a de normal. Disons que j’essaye de corriger le tir. »
« Corriger le… »
« D’avoir la vie que je veux si tu préfères. »
« Tu penses que tout peut bien se finir dans la vie, alors ? »
« Moui. Pas tout. Mais des trucs. Oui sans doute. Pas toi ? »
« Je n’ai pas… Je ne suis pas arrivé à avoir la vie que je voulais. Tu sais, les problèmes qui s’accumulent… »
« Mon père pensait qu’un problème n’était jamais aussi permanent que sa solution. C’était une sorte d’optimiste. Je tiens beaucoup de lui. »
« Tu tiens beaucoup de ton père… »
« De ce point de vue là, oui. »
« Tu ne t’es jamais mariée ? »
« Non. Je prends soin de moi toute seule. »
« C’est… ce que je fais moi aussi. Je viens de divorcer. »
« Putholi me l’a dit. »
« Vous vous entendez bien, elle et toi… »
« Encore assez oui. C’est depuis ton divorce que tu as décidé qu’il ne ferait plus jamais beau ? »
« Ça se voit tant que ça ? »
« Plutôt, oui. Ou alors tu as une drôle de façon d’être content. »
« … »
« Allez viens, allons nous joindre aux fameux drilles ratnapuriens en brodequins ! »

Paridil échangea cette nuit-là quelques pas d’une danse roborative avec une femme attirante par bien des aspects et se senti bien dans sa peau. Quelques instants. Quelques instants tout de même. Précieux car volés au nez et à la barbe de la loi d’airain qu’il s’était forgé pour lui-même et qui lui interdisait tout bonheur terrestre. Ni Cythère, ni Lesbos, la Corse était restée la Corse comme les êtres aimés ne sont en définitive qu’eux-mêmes. Cavalier seul s’éloignant dans les rumeurs du bal, fantôme soumis aux rites mystérieux d’incantations secrètes et magiques, Paridil s’en retournait déjà vers le continent et vers Mâdharasi. La jalousie – ce petit moteur d’occasion qui avait permis à sa fragile barquerolle de s’éloigner un peu de l’écueil des jours – s’estompait déjà, remplacé par cet espoir né de l’imagination humaine qui peut se placer « tout entier derrière un petit morceau de visage ».

mardi 8 juin 2010

Impôt sur l’amour.

Nous avions déplié, Paridil et votre serviteur, sur la table de la salle à manger de la vaste demeure où mon frère vivait à présent seul, une carte topographique du Sri Lanka. Paridil donc, mon frère réduit en miettes, ne la quittait pas des yeux. Il marmonnait au gré des reliefs qui s’étendaient devant lui. C’était là le ton général de sa conversation depuis près de quatre longues heures, la voix même du vide intérieur sans cesse plus dense qui le taraudait sans relâche. « Elle ne voudra jamais de moi, c’est l’évidence… – se disait Paridil à intervalles métronomiques – qui pourrais-je bien intéresser ? D’ailleurs qui donc pour moi sacrifierait à l’autel de Kâma – Divinité du mariage ? Voit-on, lorsque l’on me regarde, matière à exalter les sens ? » Prolongeant parfois sa complainte par un antithétique : « Je ne peux tout de même pas briser son mariage ! Je ne suis pas ce genre d’homme, non, pas ce genre-là… Par ailleurs Prîtish-le Dieu-de-l’amour son époux est un homme tellement… tellement… inouï ! Et que pourrais-je dire à Madhubada et Murthy leur deux si merveilleux enfants ? Je ne m’y connais guère en enfants. Bien sûr, si Mâdharasi avait voulu de moi j’en aurais eu des enfants ! Et par dizaines encore… Toute une chiée ! Et je ne serais pas seul comme un vieux chien errant à présent : mes enfants viendraient me visiter, me consoler… Cette maison vide résonnerait des mille tintinnabulements de la vie! On m’aimerait à la fin ! Si seulement je l’avais rencontré plus tôt… Avec Amaïdhimalar je ne voulais pas d’enfant, non… Mais avec Mâdharasi, c’aurait été une autre histoire ! Oui, tout autre. Ah… Mâdharasi… »

Comme nous l’a révélé notre précédent épisode, Paridil-l’homme-sans-vice à été éconduit par Mâdharasi-la-reine-des-femmes. Créature mineure de son propre aveu, Paridil doit son nom au fait qu’il ne fume pas, ne boit pas et se trouve finalement peu porté sur ce que d’aucun aime à nommer « la chose » afin de ménager la pudeur de leurs interlocuteurs. Divinité majeure, Mâdharasi doit le sien au fait qu’elle est l’unique, la seule, la dernière et la plus merveilleuse des femmes de cette terre aux yeux malades de Paridil.

« Hrundi mon petit ? »

« Oui ? »

« Tu sortais ? »

« Oui. »

« Bien. Alors voudrais-tu en profiter pour faire quelque chose pour moi ? »

« Dis toujours, Paridil mon grand. »

« Cela ne te prendra que quelques instants. Vois-tu le chemin qui court derrière la maison pour s’en aller border la déchèterie d’un côté et le ruisseau de l’autre ? »

« Celui que mère empruntait jadis pour aller faire ses lessives à la mare ? »

« Précisément. Et c’est d’ailleurs jusqu’à cette mare que je souhaiterais que tu m’accompagnes. »

« Tous les deux ? À la mare ? »

« Tout à fait. Tu tâcheras ensuite de trouver une bonne grosse pierre ou à défaut une brique, la déchetterie en rejette continuellement. »

« Je vois. Pierre ou brique. »

« Alors, me dit Paridil, je voudrais que comme un gentil garçon tu attaches le minéral à un bout de cette corde que voici pour ensuite attacher l’animal que je suis à l’autre bout… Enfin tu me pousseras dans la vase et je ferais mon possible pour m’y noyer ! Je compte sur toi, Hrundi mon frère, pour ne pas faire repêcher d’ici quelques jours mon corps insignifiant. Qu’en dis-tu ? »

« Tu ne sembles pas te tenir en très haute estime, ce soir, Paridil mon frère tout gonflé de désespoir ? Pourquoi cette morbidité mal dissimulée ? »

« Mâdharasi ne m’aime pas… or j’aime Mâdharasi… à quoi bon continuer ? »

« Oh, ça… La cruauté de l’amour, que veux-tu… Ça fait si mal que ça ? »

« Seulement quand je respire… »

« Alors pour l’heure, il te suffit d’oublier que tu respires. Allons nous coucher et noyons-nous plutôt demain, à tête reposée nous ne souffrirons qu’avec plus de délectation. »

Votre serviteur pensait bien faire en conseillant plus que vivement à Paridil-son-frère-sans-vice d’ouvrir son cœur à Mâdharasi-la-reine-des-femmes. Une certitude, aussi cruelle soit-elle, est toujours préférable à un doute angoissant se disait-il. Le doute ouvre sous nos pieds des mondes imaginaires propices à l’épanouissement pervers des idées les plus absconses... La réalité c’est autre chose ! La réalité c’est… Bon, disons, qu’une fois les pieds de Paridil de nouveau sur la terre ferme, par le truchement d’une fin de non-recevoir bien sentie de la part de Mâdharasi, l’aîné de frères Bakshi, après un temps de deuil réglementaire et les quelques errances d’usage, s’en irait de nouveau, gai et primesautier, sur les sentiers ombragés et fleuris de l’amour qui toujours recommence, au bras honnête et attendri d’une employée des eaux et forêts ou d’une ex-épouse de gouverneur colonial. Bref, il fallait que Paridil-le-fourvoyé-bien-que-sans-vice réalise son erreur pour finir, tôt ou tard, par rencontrer « quelqu’un de bien ». Votre serviteur confesse ne plus trop savoir que penser de tout cela à la lumière de ce qui suit.

Depuis le jour funeste qui vit Mâdharasi verser une pleine bassine d’eau glacée sur la flamme de Paridil, bien d’autres bassines du même liquide sont passées sous les ponts. Bien sûr Paridil continuait à ne pas tarir d’éloge sur les charmes en nombre pléthorique de Mâdharasi, mais il semblait en fin de comptes admettre que la déesse et lui ne s’accoupleraient pas dans cette vie-là. Dharma – Dieu du devoir – dans sa clairvoyance bien connue accordait selon toute vraisemblance à Paridil la possibilité de poursuivre une vie digne sur le droit chemin de la morale et de l’honneur. Quelle leçon pour nous tous – clamait autour de lui votre serviteur. Jusqu’au jour où le téléphone sonna.

« Allô ? »

« Elle ne m’a même pas souhaité ma fête ! »

« Pardon ? »

« Oui ! Tu n’es pas sans savoir que c’est aujourd’hui la saint Paridil ! »

« ... »

« Bon. Et bien ce matin j’arrive au bureau comme tous les matins, sauf que tout de même c’est ma fête ! Bien. Tu sais que c’est l’époque des déclarations d’impôt ? »

« … »

« Bref ! Conséquemment nous avons au centre beaucoup de travail en ce moment, alors bien entendu je ne m’attendais pas à une nouba à tout casser, mais tout de même à ce qu’on marque le coup, tu vois ? Pour la fête de Mâdharasi j’avais fait un gâteau… »

« … »

« Bien. Et là j’entre. Chinnakili, « petit perroquet », et Muyal, « femme combative », m’ont toutes les deux souhaité ma fête. Chinnakili n’arrêtait pas de parler, c’était épuisant. Mais ça m’a quand même fait plaisir. Muyal a beaucoup de problème en ce moment, je suis touché qu’elle ait tout de même pensé à moi… Ainsi que Granamabar, « fleur intelligente », elle vient de divorcer et.... Même Kurinji, « celle qui fleurit tous les douze ans », me l’a souhaité cette bon sang de bonsoir de fête à la noix, tu te rends compte, et pourtant tu la connais, timide comme tout ! Bon. Adalarasu, « roi de la danse », a esquissé quelques pas, tu sais que c’est son truc à lui, Thâyanban, « celui qui aime sa mère », m’a fait signe de loin, Thîran, « l’homme hardi », et Savarinathan, « le seigneur des cerfs », avaient préparé une banderole « Bonne fête Paridil ! » Ils sont sympas tous les trois quand j’y pense. Et Sâmihannu, « l’homme au regard de maître », m’a serré la main. « Bonne fête, Bakshi ! » m’a-t-il dit. C’est le chef de centre, il n’est pas obligé. »

« Certes… Mais dis-moi, tout ça est fort aimable de la part de tes collègues. Pourquoi donc parais-tu si contrarié, Paridil-mon frère ? »

« Tu te fiches de moi ? »

« … »

« Qui aujourd’hui ne m’as pas souhaité ma fête ? Peux-tu me le dire ? »

« Oui… Écoute je suis désolé… C’est vrai que j’aurai dû y penser… mais vois-tu en ce moment, moi aussi je… »

« Mais que racontes-tu là ? Ce n’est pas toi qui es en cause. Tu sais que je n’attache pas d’importance à ce genre de détail. Pas de ça entre nous, Hrundi mon petit. C’est à Mâdharasi que je pense ! Elle m’a consciencieusement évité toute la sainte journée ! Que dis-tu de ça ? Elle parle aux autres ! À tous les autres ! Et elle ne me souhaite même pas la saint Paridil ! J’étais si mal à l’aise… Je bouillais intérieurement… »

« Peut-être qu’elle a oublié ? Moi-même… »

« Toi ça n’est pas pareil ! »

« Je te le concède volontiers… »

« Je suis allé dans son bureau et je l’ai sévèrement réprimandé ! »

« Tu as fait quoi ? »

« Et bien je suis allé dans son bureau et… je… lui ai dit que j’étais malheureux lorsqu’elle… m’ignorait… »

« Et que t’as-t-elle répondu ? »

« Qu’elle avait d’autres soucis en tête. C’est vrai que sa mère est morte ce matin et… »

« Quoi ? Sa mère est morte ce matin ? Et tu es allé dans son bureau réclamer ta dîme… comme une sorte de… dû ? Et bien, on ne peut pas dire que tu ais fait dans la porcelaine de Chine cette fois ! Vois-tu Paridil-mon-frère-sans-plus-de-jugeote-que-de-vice, si l’on considère un instant que la vie de Mâdharasi était ce jour semblable à la plus glaciale des nuits d’hiver, alors nous pouvons également considérer que tu t’es glissé dans son lit à la faveur de l’obscurité et d’une certaine confusion et que tout ce que tu as trouvé moyen d’y faire est de tirer sauvagement la couverture à toi dans un rire sardonique ! Quel aberrant coup d’éclat ! »

« … »

Un détail d’importance avait été omis par votre serviteur : dès qu’il s’agit de perception, la frontière entre réel et imaginaire n’existe pas. Ainsi Paridil savait-il tout et depuis toujours de son erreur. Il ne l’admettait simplement pas comme telle, voilà tout. Son erreur et son désir n’étant qu’une seule et même chose. Or nous ne désirons pas forcément faire notre propre bonheur. Et ce n’est certes pas dans l’optique d’être plus heureux, ou moins malheureux, que Paridil s’était déclaré. Il n’avait ouvert son cœur que pour le faire saigner davantage, que pour vérifier une certitude : la déesse ne désirait point son corps pourtant brûlant d’un désir sans borne. Et une fois la veste prise il ne lui restait plus qu’à la retourner en proposant immédiatement à Mâdharasi de rester amis. Comme pour s’excuser d’une audace passagère. Mais surtout pour éviter le pire : éviter que Mâdharasi la reine d’entre toutes ne disparaisse de sa vie et que Paridil lui-même ne disparaisse à sa suite puisque seule la déesse avait à son sens émoussé par la fascination le pouvoir de le faire encore un peu exister à ses propres yeux. La suite de son plan, élaboré dans l’urgence ou mûri de toute éternité ?, était plus ardue : il devait se convaincre lui-même de la nature de son lien à Mâdharasi. Il s’était consciemment fixé pour but de parvenir à être son ami. Tout simplement. Hélas, le caractère irréaliste de son délirant dessein commençait à nettement transparaitre…

Paridil va sur ses cinquante ans. Or durant les deux dernières périodes de la vie du tamoul, celui-ci recherche Moksha, la libération du cycle des réincarnations. Il n’y a pas vraiment de règles pour y parvenir. Plusieurs chemins peuvent être préconisés. La dévotion envers une divinité est l’un des ces chemins potentiels. Alors seulement vient la Délivrance. La conquête de cette liberté absolue constitue le but de toutes les philosophies et de toutes les techniques mystiques indiennes. D'après la tradition hindoue, l'homme qui a manqué sa Délivrance doit parcourir un cycle de 8 400 000 renaissances dans d'autres conditions que la condition humaine avant d'y accéder à nouveau…

Paridil avait raccroché. Il avait également disparu de la carte topographique du Sri Lanka punaisée au mur de votre serviteur. A vrai dire il semblait que Paridil-l’homme-sans-vices ne figurait plus sur aucune carte sous quelques formes que ce soit. Sa Délivrance n'était vraisemblablement pas pour demain.
A suivre...

mercredi 2 juin 2010

Déclaration

« Alors, je suis comment ? »

« … »

« Le gilet, tu crois que je devrais m’en débarrasser ? »

« Non. Brûle-le. Si tu ne fais que le jeter tu risques de le retrouver… »



Paridil Bakshi, mon frère – Paridil signifie « L’homme sans vices » en tamoul – Paridil donc, se rend ce jour-là au rendez-vous d’amour comme d’autres mammifères se rendent à l’abattoir. Sans plus de conviction quant à de bien hypothétiques chances de s’en sortir la tête haute. Epris de Mâdharasi – « La reine des femmes » en tamoul – il compte bien lui déclarer sa flamme quelques minutes après l’essayage de ses plus beaux atours. Je le conseille dans cette dernière tâche, inclinant de-ci et penchant de-là parmi ses tenues les mieux ignifugées. « La reine des femmes », détail d’importance, est encore aujourd’hui l’épouse de Prîtish, soit « Le dieu de l’amour » et toujours en tamoul. Ils ont eu deux enfants, une fille et un garçon : Madhubada – « Douce petite fille » – et Murthy – « Image divine ». Mon frère sans vices brûle pour ces quatre-là d’une flamme ancienne et ô combien durable. En effet, La reine des femmes exerce une fascination telle sur l’homme sans vices que toute sa famille à elle jouit à ses yeux enamourés à lui d’un prestige sans nul autre pareil. Voilà huit ans maintenant – soit plus de deux mille neuf cent jours quand on y pense – que la seule vue de Mâdharasi-la-reine-des-femmes l’a dévasté ! Voilà huit ans qu’en silence il connait l’atroce volupté des grands chagrins d’amour, laissant le soin à d’autres de se contenter du bonheur, cette consolation des médiocres.



« Lui dire que je l’aime ! Comme ça ! A brûle pourpoint ! Mais comment puis-je avoir cette audace ?!Tu crois vraiment que c’est une bonne idée ? » – questionne Paridil-sans-vices-mais-au-visage-emprunt-d’une-angoisse-sans-nom.

« Tout dépend de ce que tu en attends… Et puis voilà maintenant huit ans que brûle ton pourpoint ! La situation ne peut pas continuer de la sorte tu en conviendras… Il faut que tu te défasses de ce trop lourd secret qui te ronge, Paridil mon frère. Tout est fort simple. Rien de tiré par les cheveux. Rien de tarabiscoté. Rien de bizarre. Juste la grande nature pour remède. Tu seras rapidement fixé sur ton sort. Ce sont là des phénomènes qui s’explorent à deux et pour le moins. Fais-moi confiance et ôtes-toi d’un doute. »

« Oui, tu as raison. Et puis quoiqu’il advienne nous resterons bons amis… Si elle ne m’aime pas… Je sais bien qu’elle ne m’aime pas… Pas d’amour, veux-je dire. Mais j’y pense : la pire des hypothèses serait qu’elle ne veuille plus me voir ! – me dit-il soudain avec une expression d’horreur ! Mais ça n’arrivera pas. Je ne vais pas l’effrayer – il ne faut pas l’effrayer – et ça n’arrivera pas ! Oh, Hrundi, je suis terrifié. Je voudrais en ce moment me faire aussi petit qu’une souris ! »

« C’est à mon sens une très mauvaise idée : si tu te faisais souris, Paridil, Mâdharasi ne te regarderais même pas. Du moins pas avec les yeux de l’amour. Crois-moi. »



Disons le tout de go, le vrai problème de l’amour provient, pour l’essentiel et pour ce que j’en sais, du fait que les éléments du groupe A se trompent très souvent dans le choix des éléments du groupe B. Nous nous bornerons ici à l’étude d’un cas notoirement hétérosexuel bien que la sexualité n’y tienne qu’un rôle tout au plus secondaire. Si nous partons de l’idée, somme toute modérée, que le monde des relations amoureuses est une sorte de cirque ultime de l’absurde, alors il faut aussi considérer que l’aîné des frères Bakshi, mon frère donc, y tient le rôle de l’homme-canon !

Et c’est nippé comme il se doit – infortuné clou du spectacle – qu’il se rend d’un pas lourd au rendez-vous des Dieux, pourtant fixé par ses soins à Mâdharasi-la-reine-des-femmes en personne. Flamberge au vent ? Python flamboyant ? Que nenni ! Que non point ! Épaules rentrées, tête basse, mollesse empestant la spontanéité. Je le regarde partir vers le couchant, mon frère en deux morceaux – prétendant parce qu’il le faut bien, déjà vaincu parce que c’est écrit partout en lettres de feu – et ce faisant, un étrange bruit m’aiguillonne l’oreille. Comme de la fonte qu’on trainerait tant bien que mal sur du carrelage. Car c’est à contrecœur que Paridil l’écoute et le suit, son cœur, pour s’en aller faire du tintouin sous le balcon parfait d’une déesse qui ne l’est pas moins.



Je me souviens. Paridil-le-sans-vices était un brave type au départ, qui prenait la vie du bon côté. Toujours levé à l’aube, un sécateur, une canne à pêche ou un fusil, il ne lui demandait pas grand-chose à cette vie. Le jardin au printemps, la pêche à la truite en bords de rivière, les joies simples de la chasse au perdreau l’automne venu. Il avait épousé Amaïdhimalar – Amaïdhimalar signifie « riche de sa tranquillité » pour tout Tamoul qui se respecte – avec qui il avait partagé vingt ans d’une existence placide. L’homme-sans-vice et La-riche-de-sa-tranquillité travaillant de conserve, durs à la tâche, âpres aux gains, au centre des impôts de la bonne ville de Ratnapura, dans la Loire, berceau de leurs familles respectives. On le devine, entre ces deux-là, ce n’était pas à proprement parler la fournaise. Mais qu’importe après tout. Quelques rêves épars et inassouvis de vieux coureur de savane lui étaient bien restés chevillés au corps comme en bandoulière, mais il semblait s’en être arrangé et laissait depuis lors, peu ou prou, sa vie s’écouler comme une eau vive. Elle fuit à présent comme un vieux robinet… Mâdharasi l’avait un matin irradié de sa présence cosmique. Huit années durant il s’était efforcé de lui cacher un amour qui le dévorait pourtant chaque jour davantage. Acculé par le trop plein, il en avait été réduit au bout de quatre longues années à prendre Amaïdhimalar, sa propre épouse, son épouse propre, comme confidente de ses démons de midi intérieurs. Certes ils ne s’aimaient plus de ce genre d’amour qui possède cette frénésie charnelle qui rend fou, mais tout de même, Amaïdhimalar finit par le quitter après quatre ans de confidences partout ailleurs que sur l’oreiller et de déclarations incessantes à une autre femme qu’elle. Ils restèrent bons amis. Ils l’étaient déjà.



Mais revoilà Paridil. Presque instantanément – comme c’était prévisible – assis dans son fauteuil, ramassé, dense comme un œuf. Déchu par l’existence. Je ne dis rien. Ce serait superfétatoire. Ses mots à lui – mais qui ne s’en doutait pas ? – n’ont pas eu l’heur de plaire à la déesse, et à sa suite, toutes les femmes sur lesquelles elle règne sans partage se préparent déjà à ignorer Paridil-l’homme-sans-vices pour les siècles des siècles. Au moins ce frère n’est-il plus en deux morceaux me dis-je. Rien de tel, après tout, qu’un échec bien clair, bien net et bien cuisant pour reconstruire son royaume sur des bases saines. C’est vrai quoi… Il faut bien toucher le fond pour rebondir, etc., etc. Mais voilà que Paridil-l’homme-sans-vices rompt le silence et explose sous mes yeux tout aussi impuissants qu’écarquillés. Mon frère en mille morceaux n’en finit pas de se briser au gré de phrases absconses qui reviennent en flots continus, se répètent sans fin.



« Mâdharasi… Oh, comment ai-je même osé m’adresser directement à Toi ? Nous ne sommes tous que des sous-créatures face à Ta magnificence ! Mâdharasi… me dit-il à présent... Mâdharasi est bien plus qu’une femme… ou qu’un homme… »

« … »

« Oui, tellement plus ! »

« C’est un genre de travelo, ou quoi ? »

« Non ! Qu’est-ce que tu racontes, impie ! Mâdharasi te dis-je est bien plus que cela ! »

« Oh… C’est un très gros travelo, tu veux dire ?… »

« Cesse de blasphémer, infidèle ! Nous étions tous, j’en suis convaincu, un être entier au commencement du monde, à l’aube de l’amour ! »

« … »

« Puis nous avons été séparés en deux êtres distincts ! Ma moitié, je le sais, je le sens dans mon âme, n’est autre que Mâdharasi ! Et mon drame sublime est qu’elle ne veut pas de moi ! La vie n’a plus de sens, entends-tu ! Je suis maudit ! Maudit ! »

« Je vois que tu as beaucoup réfléchi à la question... Mais dis-moi Paridil, ne peut-on pas considérer qu’en dépit de ta malédiction, ta chance dans cette histoire est en fait bien extraordinaire, non ? »

« … »

« Et bien oui… Pense à tous nos semblables qui jamais de toute leur misérable existence n’ont eu le simple loisir de rencontrer leur moitié. Imagine un instant, Paridil mon frère, que Mâdharasi, au lieu de naître à Ratnapura et de travailler tout comme toi – tout comme Amaïdhimalar d’ailleurs, je dis ça, je ne dis rien… – au même étage de l’hôtel des impôts de cette riante cité, soit malencontreusement née… je ne sais pas moi… en République démocratique socialiste du Sri Lanka ? Pas la porte à côté, et même pas la suivante, crois-moi… Tout au fond du couloir à gauche… 8500 kilomètres à vol d’oiseau et au bas mot ! Toi, pour le moins, tu auras pu toucher du doigt – si tu me permets cette expression un brin hasardeuse – le fruit même de l’amour – cet hôtel des impôts mériterait de s’orthographier autrement, crois-moi ! Car il est béni ! Oui, béni des dieux puisqu’en guise de fruit… C’est bel et bien le verger de l’amour qui te voit chaque matin pénétrer en son sein ! C’est bien plus qu’un simple centre administratif, en vérité je te le dis Paridil mon frère, c’est sûrement là le centre même du monde, son cœur battant, c’est une Olympe, un Walhalla, c’est « the place to be » comme l’on dit à Batticaloa, et tu en prends plein les mirettes, mon cochon, de ce délicieux spectacle auquel si peu de mortels ont accès, non ? Si tu n’es point l’Élu, ne te trouves-tu pas en bonne place sur la liste électorale divine ? Conséquemment de quoi de plains-tu donc ? »

« … »



Je laissais là, Paridil mon frère en tranches de vie, plongé dans les affres de la géographie.




A suivre.